Elle repose le spray sur la petite table. C’est nul, ces crèmes solaires en spray. Ca te fait croire que tu vas pas avoir de la crème pleine les mains, plein le flacon. Ca te faire croire que ton petit monde va pas devenir subitement tout poisseux, sans raison apparente. Alors tu vaporises, tu vaporises le truc blanc sur tes jambes, comme une conne. T’as encore de l’espoir. Puis t’étale sur tes jambes. Que ce soit plus blanc. T’as les mains qui collent. Et là, tu réalise que c’est nul. Parce que t’as fait qu’une seule jambe. Et que le flacon de spray, tu dois le reprendre.
Elle secoue la tête. Elle reprend pas le flacon. Elle frotte ses doigts qui puent la crème contre le rebord de la table. Y’a un peu de blanc qui reste. Elles puent toujours, ses mains. Et elles collent. Y’a l’odeur de la crème et y’a l’odeur du liège. Le vieux liège de la table, qui se barre. Elle pose les pieds sur la table. Elle jette ses vieilles sandales par terre. Sans les mains. Sinon, ça colle, ça pue. Elle tire tout doucement sur sa poche, pour pas laisser de traces. Elle sort son paquet de cigarettes. Heureusement qu’elle laisse toujours le plastique autour. On s’en fout si il colle, le plastoc. Elle l’enlèvera. Elle sort une clope. La dernière. Pas peur de tâcher les autres, ou sa poche, en fait. Elle jettera pas le plastique. Clope de vœux. Tu parles… Un truc qui t’assure d’avoir toujours ta dernière clope à fumer. Respect des traditions. Tu peux bien filer tout ton paquet, celle-là elle reste. Ton vœux, non, bien sûr. Ca marche jamais. Combien de fois elle avait pu faire le voeux, sur ces cons de clopes… Toujours le même… Et combien de paquet elle avait fumé, sans qu’il lève les yeux. Arnaque. Les vœux c’est dans ta tête. Elle gratte la pierre, ça fait des étincelles. La crème solaire a collé sur la molette. Le briquet est foutu. Putain de crème.
Elle jette le briquet. Elle regarde la clope, elle la retourne dans ses doigts. Puis finalement, elle la balance aussi. Ecrasée dans le cendrier. Le tabac brun bave au milieu des cendres. Ses doigts sentent le tabac maintenant. Un tabac tout collant, avec un léger parfum d’écorce morte depuis des lustres. Elle se relève. Elle se lave les mains copieusement sous l’eau glacée du lavabo. La morsure du froid, elle s’en fout. Même après la chaleur du balcon. Elle sent ses doigts. C’est bon. Ses doigts, ils sentent plus rien. Elle est de retour, son odeur. Sa bonne odeur de rien. Comme toujours. Elle pousse la porte de sa chambre et s’avachit sur son lit. Elle attrape son téléphone portable sous son oreiller. « OK ». Vous – n’avez – pas – de – nouveaux – messages. Elle raccroche. Elle repose son portable et elle enfouit la tête sous son oreiller.
Sa jambe droite est écarlate.
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