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Scribouillages

Lundi 21 avril 2008

Vous savez ce que c'est, une journée longue, pénible, fatigante, mal de ventre, déprime et petit frère chiant, tu rentres chez toi avec une vieille envie de loquer devant les pires télé-foutaises. Alors tu se poses, chocolat, pain au lait, et télécommande. Tu commences par taper le numéro d'une chaîne culturelle, 801, les bandes annonces de films. Puis quand tu captes qu'elles passent en boucle et que tu les as déjà vu la veille au soir, tu zappes. Et là, erreur fatale, tu appuie sur la touche "1".

Jean Pierre Foucault te fusille un sourire Email Diamant et te balance le traditionnel "Ne changez pas de chaîne, nous revenons dans un instant et nous continuerons à jouer avec ******". Tu te prends au jeu. Tu regardes trois-quatre pubs de shampooings gazon-sirop d'érable,  de steaks hachés que chassent même les jaguars et de voitures moins polluantes parce qu'elles sont tellement chères que moins de gens les achètent, puis JPF t'accueille à nouveau, la bouche toujours pleine de dents toujours aussi blanches et brillantes et toujours aussi pleine de lieux toujours aussi communs qui peinent à masquer le rire rauque de la baleine blanche, chauve et suintante en polo saumon qui dégouline du fauteuil voisin. Toi tu bloques, t'arrête le chocolat parce que bon, il est sept heures, et tu regardes avec d'autant plus d'attention. Et soudain, frayeur. Tu découvres la décadence de la culture, du QI, de la logique, de l'intelligence, de l'humanité, quoi. Soupir. Complèter la chanson de Blanche Neige "Un jour mon prince viendra, un jour...". Et ****** demande le 50/50. Il se fait les 3000 euros d'une façon aussi pathétique, et il hésite, en plus, tout ça pour perdre deux questions plus loins, pour cause de plus de jokers, et retomber à 1500 euros. Il pourra se refaire le ratelier supérieur de ses chicots pourris, tu te dis. Il pourra pas y avoir pire, tu te dis aussi. Optimiste. Y'a une fille, sympathique, un peu niaise, qui met plus de 7 secondes à classer des desserts par ordre alphabétique et trouve par chance une réponse sur le Titanic puis abandonne à 6000 euros sur une question sur le ministre de l'Education conseillé par Jospin. Pas terrible, mais bon. Mieux, tu te dis. Au moins, elle a pas perdu, alors tout n'est pas perdu... L'espoir revient, disons. Puis, il arrive, le blond, qui met 10 secondes à classer des durées de la plus courte à la plus longue. Dès le départ, son air bouffi d'orgueil et sa prétention te revient pas. Puis au moment où il demande l'avis du public à la question "Quel personnage de conte est en fait un grand cygne ?" (Sindbad le marin, le Vilain Petit Canard, le Chat Botté ou le Petit Poucet ?), t'es content que l'espèce d'atroce corne qui sert d'alarme à la fin de l'émission retentisse. Parce que là, tu satures, ça te colle la nausée, et quand tu pensais aux pires télé-foutaises, c'était quand même pas à ce point.

Alors t'éteins, et ton petit frère chiant rallume, tant pis, tu te connectes sur le net. Tu vas voir tes mails. Puis c'est pas mieux, en fait.
Par Thais
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Mercredi 16 avril 2008

Y’en a marre. J’ai tellement envie d’écrire. Je le sens, c’est là, ça bouillonne, ça démange, ça fume. Mais ça vient pas. Il y a toujours un moment où ça vient plus. On est là, comme un intarissable puit de conversation, de réflexion, d’imagination, et puis soudain, plus rien. Toujours au mauvais moment, toujours quand on a envie de parler, d’écrire, de penser… J’ai envie, là. J’ai des fourmis dans les doigts, dans la tête, dans le cœur. Je suis face à mon écran, comme d’habitude. Mais rien ne vient. Il paraît que c’est une phase obligée pour les gens qui se prennent pour des écrivains. L’angoisse de la page blanche, ils appellent ça. Je suis pas angoissée. Je suis oppressée. C’est comme si j’avais attrapé une fluxion de poitrine sans sortir de mon salon surchauffé. Je toussote. Ca me file la migraine, cette histoire. Si j’étais un brin émotive, je crois que je pourrais pleurer. Je suis pas émotive, du coup ça m’énerve. En fait si, c’est une forme d’angoisse, de pas pouvoir cracher ce qu’on a sur le cœur et qui pèse dans les phalanges.  

L’angoisse des écrivains modernes, l’angoisse de l’écran blanc.

 

Je me ronge les ongles, mes doigts glissent sur le clavier. J’effleure la souris, je clique. La voilà, la feuille. Le cadre tout blanc, et le curseur narquois qui clignote. Je réfléchis un peu. M’est-il arrivé un évènement digne d’être raconté ? Une anecdote ? N’importe quoi ? Calme plat. Les jours où ça me bouillonne dedans, il m’arrive rien. C’est peut-être lié, qui sait ? Puis c’est forcément plus dur, d’écrire, comme ça, un peu en l’air, sans s’adresser à personne, sans sujet particulier. Au fil de la plume, disaient les surréalistes. Je me demande si Breton connaissait l’angoisse de la feuille blanche, ou Dali, l’angoisse de la toile blanche… Ca m’étonnerait. C’est l’avantage quand on écrit d’une traite, on se pose pas de question.

Je me suis toujours posé trop de questions, je crois.

 

J’étais la chaîne. J’adore Brassens, mais c’est pas évident d’écrire quand quelqu’un de plus talentueux que nous balance son génie à vingt centimètres de notre oreille. J’écoute un instant la musique du silence. Et les musiciens, ils connaissent l’angoisse du silence ? Du silence blanc… ? Moi, ça m’angoisse pas, ça m’apaise. J’ai pas l’âme d’une musicienne. Mais avec le soir qui tombe, l’écran tout lumineux, tout blanc, il me fait de plus en plus mal au crâne. Ce côté narquois m’agace au plus haut point. C’est facile pour lui. Il parle avec tout plein de 1 et de 0. L’inspiration vient vite. Je devrais peut-être me mettre à écrire en binaire, ça résoudrait ce genre de problèmes et ça irait mieux à mon côté « fille-moderne-qui-tape-tout-à-l’ordi ». Je garde l’idée pour un jour d’ennui profond. Aujourd’hui, je veux pas. Je veux une idée. Je veux écrire. Vraiment écrire.

Rien que pour rabattre le caquet de cet ordinateur prétentieux.

 

Je me rassois sur le minuscule tabouret bleu, en face de l’écran. Je nettoie mes lunettes, impassible. J’ajuste l’écran, je pose le clavier sur mes genoux, je me cale comme il faut, une bouteille d’eau à proximité et je commence à écrire. Une ou deux phrases, que j’efface. La porte s’ouvre brusquement, fracas de poches plastiques, toute une maison qui reprend vie. La famille, c’est envahissant, même quand c’est vous qui êtes chez eux… La migraine revient en même temps qu’eux. L’inspiration semble s’éloigner encore un peu, comme pour fuir l’agitation. J’essaie de me concentrer, je rassemble mes derniers neurones, je fixe l’écran tout brillant, et toujours aussi désespérément vide.

Je fais glisser le curseur jusqu’à la petite croix rouge en haut à droite.

 


Et ça vient, d’un coup. L’illumination, comme la lueur de l’écran dans la pénombre de la pièce. Attaquer le mal par le mal. La stratégie martiale appliquée à l’écriture moderne... Et le pire, c'est que ça marche.

 

Enfin je crois.

Par Thais
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Mardi 15 avril 2008

Ca me fait un peu rire, quand j’entends les gens qui critiquent notre génération. Du genre « les jeunes d’aujourd’hui, tous des branlots, des perchés, des petites frappes, des hippies, des ‘facheunes’, des junkies, des communistes, des fascistes, sans aucune conscience des réalités ». Considérez donc ceci comme un plaidoyer en faveur de la jeunesse des années 2000…

 

Parce que oui, les gens qui tiennent ce genre de propos, ils sont rares ceux qui savent de quoi ils parlent. Ils se rendent pas compte que nous, on a été enfant dans les années 90. Ils se rendent pas compte qu’on a débarqué pile dans une période déjà troublée de l’histoire, en plein dans l’affirmation du règne américain (pourquoi faire des enfants, je vous le demande ?). Ils se rendent pas compte que les premiers repères qu’on a eu, nous, c’était les Minikeums et Henri Dès. Ils se rendent pas compte qu’on a grandi en croyant qu’on verrait Ronald MacDonald en allant au cirque Zavatta avec l’école, qu’une McSalad, c’était vraiment un plat diététique, qu’une pub Tampax c’était pornographique, qu’Alizée, c’était un peu une Baudelaire des temps modernes, même si on savait pas trop qui c’était ce type, que quand on serait grand, on pourrait adopter un Pikachu, qu’un jour nous aussi on jouerait dans une comédie musicale pleines de beaux costumes tout moulants en latex violet,  qu’on pourrait se marier avec Titeuf, qu’apprendre nos tables de multiplications, ça nous servirait un jour et qu’on deviendrait un X-men si on buvait du Paic Citron. Mais passé quatorze ans, tous les fondements de notre piètre existence sont sapés, passé quinze, on pense au suicide mais on passe pas à l’acte parce que ça fait peur quand même, passe seize, on commence à fumer et boire pour faire chier nos parents, passé dix-sept, on a plus que le sexe en tête, parce que merde, Sabrina elle l’a fait avec ses trois derniers copains, que Jérémie il s’est payé la grande blonde de Terminale C et que nous, la dernière fois qu’on a vu un préservatif c’était en quatrième pour le cours d’éducation sexuelle, puis à dix-huit, on nous lâche, on nous dit « va mon fils, va ma fille, et tâche d’être quelqu’un de bien ». Le problème c’est qu’on a toujours voulu nous tenir la main, nous dire ce qui était bon, bien, cool, tendance. En plus, les parents, la famille, ils ont des procédés fourbes, du genre « Si t’arrêtes d’y croire, il viendra plus, le Père Noël, et fini les cadeaux ». Alors t’as beau vouloir grandir, tu continues à y croire, juste pour la forme, et t’entretiens sans trop le savoir cet espèce d’abominable matérialisme qu’on a tous un peu trop aujourd’hui, mais aussi un embryon de libéralisme qui aurait fait gerber tes « parents-Mai 68 ». C’est peut-être contradictoire avec l’intention de base mais les faits sont là. Ca doit être ça qu’on appelle le fossé des générations. Faut pas croire que ça concerne que cette génération-là. C’est la même chose pour tout le monde. Y’a que les facteurs qui changent. Et encore, je suis partisane d’une vision cyclique du monde (pas forcément de l’Histoire, genre les guerres, tout ça, mais disons, le cycle général, la culture, les goûts, la mode…).

 

Alors imaginez ce qui nous attend dans dix ans, imaginez ce que ça va donner les « djeuns » de 2010. Toute une génération high-tech élevé à Bob l’Eponge et Dora l’Exploratrice dès le berceau, avec du Coca plein le biberon et qui veut des Converse à 80 euros avant de savoir marcher, qui va envahir les rues, les bars, les boites de nuit et peut-être un peu les collèges, quand même. Et nous, les branlots, les perchés, les petites frappes, les hippies, les ‘facheunes’, les junkies, les communistes, les fascistes, on sera tous pareil, diplômés, casés, rangés, embourgeoisés, on votera UMP et on commencera à réfléchir à avec qui on voudra pondre la future génération.

 

Et ça continue, toujours. Je vois pas pourquoi c’est nous qui devrions faire l’effort d’apprendre de nos erreurs.

Puis, bon, si personne l’a fait, c’est que ça doit pas être kiffant, non ?


 

Par Thais
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Samedi 12 avril 2008

Il lui faut le polish. Au dernier moment, comme ça. Sa femme gueule. Ils sont à la bourre au repas chez sa mère. Quelle poisse. Et puis, là, une toute petite tâche. Dans sa tête, la tâche ? Il va chercher le bidon de polish, au garage. A petits pas. Il a un sourire un peu bête. Il doit vaincre la tâche. Il attrape rapidement un chiffon. Pas trop sale, le chiffon. Et il revient. Il mouille abondamment de polish. La tâche est si petite… On la voit même pas. Il la voit. Trop. Il frotte. Dans la voiture, sa femme crie toujours. Elle dit qu’après il va être trop tard, qu’il bichonne sa voiture neuve depuis ce matin, sans jamais la trouver assez neuve. Elle dit qu’il est bête. Elle dit qu’à cause de lui, ils auront l’air mal élevé. Il ne l’écoute pas. A cause de lui, ils auront surtout une belle voiture.

 

Une belle voiture, très chère. Il a dû faire deux prêts. Il a bousillé ses économies. Il s’est même promis d’arrêter de fumer, pour rembourser plus vite. Et de toute façon, pas question de fumer dedans. Les sièges sont en peau. C’est ce qu’a dit le vendeur. Sa femme, en vrai, elle est ravie. L’autre petite voiture était bien brave, mais vraiment pas très jolie. Le mari de Patricia s’était acheté une Chrysler. Et Brigitte règle les derniers papiers pour sa coccinelle d’époque. Eux, maintenant, ils vont pouvoir laisser leur Clio au garage. Pas assez jeune pour être neuve, mais pas assez vieille pour être ancienne. Il sourit. Il sait que sa femme est ravie. Il sait qu’elle n’aimerait pas arriver en retard dans une voiture comme celle-là. Lui, il s’en fout. Il est fier. Il retourne au garage. Il pose le polish au milieu des autres produits d’entretien. Il pose le chiffon à côté. Puis il retourne à la voiture. A petits pas. Il a un sourire encore plus bête dessiné en pleine face. Sa femme menace de venir le traîner. Il ralentit encore un peu et s’arrête même pour contempler son œuvre. Il croit voir une tâche, mais sa femme est en train de déboucler sa ceinture. Il frotte un tout petit peu du coin de la manche, en prenant soin de ne pas rayer la voiture avec son bouton de manchette. Il souffle fort sur sa manche et rentre dans la voiture.

 

Ca sent bon le cuir chaud. Sa femme peste. Il ne trouve pas les clefs tout de suite. Ca y est. Dans la petite poche à l’intérieur, contre la doublure. Il glisse la clef dans le contact, amoureusement. Il est gaga. Il démarre. La voix de sa femme lui parvient comme à travers un casque. Il est concentré sur le ronronnement du moteur, les yeux fermés. Il tourne le volant très doucement, et il démarre sa marche arrière. Il voit sa fille sur son rehausseur. Elle dort. Il détourne les yeux. Faudrait pas embouter sa voiture neuve dans la boite à lettres des voisins. Il fait sa manœuvre, les sourcils froncés. Très concentré. Sa femme ne dit plus rien. Ou il ne l’entend plus. Il se retourne et démarre, sur la route, cette fois-ci. Il appuie sur le petit bouton, au milieu, celui avec une flèche. Il pousse vers le bas, et la vitre s’ouvre. Il pose son coude contre la portière ; le courant d’air s’engouffre et gonfle la manche de sa chemise. La satisfaction est écrite sur son visage, c’est au moins des majuscules. Il exulte. Sa femme se raidit un peu. Il fait froid dehors. Il s’en fout. Même au moment où elle resserre le col de son manteau et qu’elle met son pull sur les épaules de la gamine qui dort. Elle frissonne dans son sommeil. Lui il s’en fout toujours. Ca se passe derrière. Maintenant, il regarde devant. Droit devant. Le petit point rouge du Soleil au milieu des montagnes toutes bleues. Le vent danse dans la voiture. Il fait danser ses petits cheveux. Sa femme a de la chair de poule jusque dans le cou. Elle tend sa main vers le truc du milieu. Elle appuie sur le bouton. Vers le haut. Dans un bruit d’insecte, la vitre remonte. Il dégage son bras, en pestant à son tour. Il conduit, merde. C’est quoi ces singeries ? Qu’on le laisse conduire comme il l’entend. Ils sont déjà à la bourre, pas besoin d’en rajouter. Sa femme manque de s’étouffer, mais elle ne dit rien. Lui, il a déjà oublié le polish, et la petite tâche. Il conduit, les cheveux tous emmêlés. Ca énerve sa femme. Il ne le dit pas mais il est content. Il a envie de l’énerver. C’est chacun son tour.

 

Il ne se rappelle pas que son tour est déjà passé. Il a juste envie de l’énerver. Il a envie qu’à force de bouillonner dedans, elle rouvre elle-même la vitre. Il tapote du bout du doigt contre le volant. Poc poc. Ca l’énerve encore plus. Lui, il sourit. Encore plus satisfait. Il voit pas le type d’en face, dans sa toute petite, dans son insignifiante Clio. Il est trop haut, dans son beau 4x4 neuf, il regarde trop haut. Sa femme crie. Il braque brutalement à gauche. Sa femme crie à nouveau. La voiture percute une borne, la borne 45 à gauche de la voie.

 

Il sort brusquement de sa voiture et contemple les dégâts. Le capot est tout compressé, César ne ferait pas mieux. Les phares et les clignotants ont explosé. Il tape du pied, très fort. Il caresse le capot fripé du bout du doigt et relève les yeux. La vitre est rouge. Un gros éclat, à droite. Et sa femme, la tête contre la boite à gant. Derrière, sa fillette de six ans a les cheveux tous blancs.

Par Thais
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Samedi 12 avril 2008

Elle repose le spray sur la petite table. C’est nul, ces crèmes solaires en spray. Ca te fait croire que tu vas pas avoir de la crème pleine les mains, plein le flacon. Ca te faire croire que ton petit monde va pas devenir subitement tout poisseux, sans raison apparente. Alors tu vaporises, tu vaporises le truc blanc sur tes jambes, comme une conne. T’as encore de l’espoir. Puis t’étale sur tes jambes. Que ce soit plus blanc. T’as les mains qui collent. Et là, tu réalise que c’est nul. Parce que t’as fait qu’une seule jambe. Et que le flacon de spray, tu dois le reprendre.


Elle secoue la tête. Elle reprend pas le flacon. Elle frotte ses doigts qui puent la crème contre le rebord de la table. Y’a un peu de blanc qui reste. Elles puent toujours, ses mains. Et elles collent. Y’a l’odeur de la crème et y’a l’odeur du liège. Le vieux liège de la table, qui se barre. Elle pose les pieds sur la table. Elle jette ses vieilles sandales par terre. Sans les mains. Sinon, ça colle, ça pue. Elle tire tout doucement sur sa poche, pour pas laisser de traces. Elle sort son paquet de cigarettes. Heureusement qu’elle laisse toujours le plastique autour. On s’en fout si il colle, le plastoc. Elle l’enlèvera. Elle sort une clope. La dernière. Pas peur de tâcher les autres, ou sa poche, en fait. Elle jettera pas le plastique. Clope de vœux. Tu parles… Un truc qui t’assure d’avoir toujours ta dernière clope à fumer. Respect des traditions. Tu peux bien filer tout ton paquet, celle-là elle reste. Ton vœux, non, bien sûr. Ca marche jamais. Combien de fois elle avait pu faire le voeux, sur ces cons de clopes… Toujours le même… Et combien de paquet elle avait fumé, sans qu’il lève les yeux. Arnaque. Les vœux c’est dans ta tête. Elle gratte la pierre, ça fait des étincelles. La crème solaire a collé sur la molette. Le briquet est foutu. Putain de crème.

 

Elle jette le briquet. Elle regarde la clope, elle la retourne dans ses doigts. Puis finalement, elle la balance aussi. Ecrasée dans le cendrier. Le tabac brun bave au milieu des cendres. Ses doigts sentent le tabac maintenant. Un tabac tout collant, avec un léger parfum d’écorce morte depuis des lustres. Elle se relève. Elle se lave les mains copieusement sous l’eau glacée du lavabo. La morsure du froid, elle s’en fout. Même après la chaleur du balcon. Elle sent ses doigts. C’est bon. Ses doigts, ils sentent plus rien. Elle est de retour, son odeur. Sa bonne odeur de rien. Comme toujours. Elle pousse la porte de sa chambre et s’avachit sur son lit. Elle attrape son téléphone portable sous son oreiller. « OK ». Vous – n’avez – pas – de – nouveaux – messages. Elle raccroche. Elle repose son portable et elle enfouit la tête sous son oreiller.


Sa jambe droite est écarlate.

Par Thais
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